Un chat domestique peut tuer jusqu’à 27 proies par an, même s’il est bien nourri. Certains individus cessent la chasse du jour au lendemain, sans raison apparente, tandis que d’autres persistent malgré toutes les tentatives de dissuasion. La prédation n’augmente pas forcément avec la faim, ni ne disparaît complètement dans un environnement dépourvu de proies.
Les comportements de chasse peuvent traduire une stimulation mentale insuffisante ou des troubles anxieux. Les stratégies de gestion varient selon l’âge, le tempérament et l’histoire du chat. En cas de persistance ou d’aggravation, l’avis d’un vétérinaire comportementaliste reste recommandé.
Pourquoi les chats chassent-ils, même bien nourris ?
Pour un chat domestique, rien n’oblige à traquer une souris ou s’élancer derrière un oiseau. Pourtant, le scénario se répète : nourriture à volonté, gamelle pleine, et malgré tout, la traque reste au programme. Derrière ce comportement, il y a l’ombre longue de ses ancêtres sauvages. L’acte de chasser, pour le chat, va bien au-delà de la simple question alimentaire : c’est une pulsion profonde, une façon de s’exprimer, de stimuler son esprit et de garder ses réflexes aiguisés.
Les chiffres sont frappants. En France, chaque chat tue en moyenne 27 proies par an. À l’échelle mondiale, l’empreinte du félin est tout sauf anecdotique. En Australie, la prolifération féline a précipité la disparition de 20 espèces de mammifères endémiques. Aux États-Unis, la prédation par les chats se compte en milliards : 3,7 milliards d’oiseaux et plus de 20 milliards de petits mammifères chaque année. Impossible d’ignorer le poids de ce prédateur sur la biodiversité, particulièrement pour les oiseaux, rongeurs, reptiles et amphibiens.
Des études récentes, comme celles menées par l’Université d’Exeter, confirment ce constat : même un chat rassasié ne peut s’empêcher de chasser. Ce n’est pas la faim qui guide ses pas, mais bien la satisfaction d’un instinct. Animal de compagnie adulé, le chat domestique reste un prédateur redoutable pour la faune sauvage. Saisir les raisons de ce comportement, c’est déjà ouvrir la porte à des solutions qui respectent sa nature tout en limitant son impact sur la vie sauvage.
Décrypter les signaux : reconnaître un comportement de chasse problématique
La chasse, chez le chat domestique, prend de nombreuses formes. Certains signaux ne trompent pas et devraient attirer l’attention des propriétaires attentifs. Un chat qui dépose régulièrement des animaux morts sur le seuil, ou qui s’acharne à bondir sur tout ce qui bouge, même à l’intérieur, ne manifeste pas uniquement un goût pour le jeu : il laisse transparaître un attrait prononcé pour la prédation.
Pour mieux identifier un comportement qui dépasse le simple amusement, voici les signes à surveiller :
- Dépôts réguliers de proies (oiseaux, petits mammifères) à la porte
- Vigilance permanente face aux bruits extérieurs
- Hyperactivité au moindre mouvement dans l’environnement
- Isolement et agitation lors des périodes de chasse
Ces comportements ne se limitent pas à un désagrément domestique. Quand la chasse prend le pas sur le jeu ou l’interaction avec les humains, quand elle devient répétitive au point d’éclipser toute autre activité, il s’agit d’un trouble du comportement à ne pas prendre à la légère. Une prédation excessive, au-delà de ses conséquences pour la faune locale, révèle souvent un déséquilibre chez l’animal. Repérer ces signaux, c’est pouvoir agir tôt et proposer des alternatives avant que la situation ne s’enlise.
Des astuces concrètes pour détourner l’attention de votre chat de la chasse
Le chat domestique, même repu, ne renonce jamais à ses instincts de prédateur. Pourtant, il existe des moyens vérifiés pour canaliser ce besoin sans sacrifier la biodiversité. Les travaux de l’université d’Exeter l’ont montré : en multipliant les activités et les stimulations, on réduit nettement le nombre de proies capturées.
Voici les approches les plus efficaces pour occuper l’esprit et le corps de votre chat :
- Mettre en place des séances de jeu interactif chaque jour. Cinq à dix minutes de chasse simulée (cannes à plume, balles, objets à poursuivre) suffisent pour diminuer d’un quart le nombre de proies ramenées. Le chat canalise alors son énergie sur des cibles fictives et réduit son impact sur la faune locale.
- Adopter une alimentation riche en viande. Ce type de régime, validé par la recherche, permet d’éviter jusqu’à 36 % des prédations. La satiété obtenue réduit l’attrait pour la traque réelle.
- Installer un collier Birdsbesafe, recommandé par les chercheurs, qui diminue de 42 % la capture d’oiseaux. La clochette, quant à elle, protège aussi bien les oiseaux que les petits mammifères (plus de 30 % d’efficacité démontrée).
Autre levier utile : limiter les sorties nocturnes. Selon la Ligue pour la Protection des Oiseaux, garder le chat à l’intérieur la nuit protège efficacement la faune, particulièrement vulnérable à ces heures. Pour les chats qui réclament l’extérieur, le catio ou l’enclos sécurisé offrent une liberté sous contrôle, sans menace pour les proies potentielles. N’oubliez pas non plus de surélever les nichoirs et les mangeoires, afin de sécuriser les refuges des oiseaux et des petits mammifères, tout en offrant au chat un environnement enrichi.
Quand consulter un vétérinaire ou un comportementaliste peut tout changer
Il arrive que malgré toutes ces précautions, le chat persiste dans la chasse, parfois de façon obsessionnelle. Si les proies s’accumulent et que les comportements deviennent répétitifs ou anxieux, il est temps de consulter. Un vétérinaire saura évaluer si des troubles médicaux ou des douleurs cachées amplifient la prédation. Stress, anxiété, compulsions alimentaires : tout signal persistant mérite une analyse professionnelle.
Le comportementaliste félin intervient ensuite pour décoder l’environnement, les routines et la relation avec le propriétaire. Il propose alors des solutions sur-mesure, comme l’enrichissement du territoire, l’ajout de nouveaux jeux, ou l’ajustement de l’alimentation. La stérilisation, rendue obligatoire en Wallonie et à Bruxelles, reste également l’un des moyens les plus efficaces pour apaiser l’impulsion de chasse, tout en protégeant la faune locale.
Faire appel à un professionnel, c’est préserver à la fois l’équilibre du chat et la vie sauvage du voisinage. Une intervention rapide transforme souvent la situation : on retrouve alors un chat apaisé, et la faune reprend sa place dans le jardin. La cohabitation n’est jamais parfaite, mais elle n’a rien d’impossible. Qui sait, peut-être le paillasson restera-t-il enfin propre demain matin ?


